Les sportifs
Football, boxe ou vélo, peu importe le genre de marotte. Mais le sportif est presque toujours un cerveau atrophié ou déformé. Il fera deux cents kilomètres pour donner des coups de pied dans un ballon, mais il ne fera pas vingt mètres pour entendre une conférence philosophique ou scientifique, qui lui permettrait de s’instruire un peu. [...] Les « performances » du jarret ou du biceps l’enthousiasment. Considéré comme un exercice rationnel de culture physique, le sport pourrait être bienfaisant, très bienfaisant même, en nos agglomérations ultra-civilisées. Mais quand ça tourne au championnat ; quand les gars de Sochaux font cinq cents kilomètres pour se mesurer avec ceux d’un autre patelin [...] alors on verse dans le crétinisme. Cette cohue ne pense plus qu’à triompher de l’adversaire. Ses instincts guerriers, plus ou moins barbares, se réveillent. On se grise d’une gloriole imbécile. Les véritables valeurs humaines sont totalement méconnues.
Le sportif n’est qu’un polichinelle au cerveau creux. Il est mûr pour le fascisme, pour l’église, toutes les guignolades et toutes les exploitations.
Lorulot André - "Les hommes me dégoûtent" - 1939