Vendredi saint – Le Miserere de Gregorio Allegri

Publié le : vendredi 3 avril 2015
Commentaires : 35
Nombre de vues : 19 435
0 vote

Jour particulier que celui-ci pour les catholiques : nous sommes le Vendredi saint, jour où le Christ fut crucifié. Pour bien comprendre et « capter » une œuvre musicale, il fait essayer de l’approcher au plus près afin d’en saisir une infime partie de son émotion, pieuse pour la présente composition.

Tâchons d’abord de remonter le temps pour quelques minutes. Fermez les yeux. Réouvrez-les à présent. Nous voici à Rome, le Vendredi saint 12 avril 1639 (de notre calendrier contemporain). La basilique de Rome, depuis quelques années maintenant, est le nouveau centre de la chrétienté. La Semaine sainte touche bientôt à sa fin, l’apothéose des célébrations étant dimanche avec la fête de Pâques.

Nous sommes invités à célébrer la messe de l’Office des Ténèbres au couché du soleil. Le pape en personne (en habit de chœur, sans étole), Urbain VIII, officie, accompagné des cardinaux. La Chapelle Sixtine est un tel déchaînement de couleurs et de formes qu’elle ne peut qu’émouvoir le fidèle présent (ou le simple visiteur que nous sommes). Des cierges luttent contre l’obscurité de ces jours sombres, ceux où tout espoir de rédemption se serait évanoui (à 15h « précises » dit-on… d’ailleurs, depuis, il neige sur Bruxelles !).

L’office a déjà débuté depuis quelques temps. Le pape et les cardinaux sont agenouillés devant l’autel. C’est alors que la lecture des quatorze premiers psaumes de l’Ancien Testament débute. Au fur et à mesure des passages, quatorze des quinze bougies d’un chandelier triangulaire sont éteintes. L’obscurité complète a envahi les lieux, ou presque car une, une seule bougie éclaire encore l’office, au sommet du chandelier. Elle symbolise le Christ, cette lumière dans l’obscurité ; les autres étant les onze apôtres (Judas en est exclu… logique) et les trois Marie.

Alors qu’on répète l’antienne, un clerc s’empare délicatement de la bougie, s’appuyant de la main droite sur l’autel. Christus factus est est entonné à genoux, en chœur. La mort du Christ fut éphémère mais plongea les hommes dans les ténèbres. Symboliquement, l’ultime bougie est cachée derrière l’autel ou préservée dans une lanterne. Le Pater noster raisonne à voix basses.

Et c’est alors que le moment le plus intense de cette liturgie se produit : un chœur en deux parties entame le Miserere [mei Deus], le psaume 50. Mais il ne s’agit pas de n’importe lequel ! Celui-ci n’a que quelques années à peine, tout récemment composé par Gregorio Allegri (1582-1652). Quelle émotion s’en dégage ! Écoutons :

 

 

[...] Cette composition, splendide, est le leg d’une pratique musicale que seul Rome connaît encore à l’époque (début XVIIe siècle) : le stile antiquo (a cappella, sans instrument [interdits durant tous les Offices des Ténèbres]). La Contre-Réforme avait été claire un siècle plus tôt : il faut que le texte soit intelligible et non prétexte à l’extravagance du compositeur. D’où une homophonie qui accentue la masse chorale de l’effectif. Il est donc logique que Rome, centre de la chrétienté, soit le bastion de ce style ancien alors que Monteverdi a déjà révolutionné la musique et propagé le stile nuovo, c’est-à-dire concertant. D’ailleurs, l’expression a cappella ne lui reste-t-il pas associée (« à la manière de la Chapelle [pontificale] ») ? Toutefois, cette œuvre, par certains aspects, marque la transition entre le style a cappella et le style concertant. Le texte n’est plus prétexte : Allegri (à l’issue d’un concours qu’il avait remporté) a rigoureusement sélectionné les versets du psaume afin que sa musique vienne souligner et renforcer l’émotion du texte.

Lire l’intégralité de l’article sur lestroarmonico.unblog.fr

Voir aussi, sur E&R :

28 mars 2021 : liturgie de Pessah, la pâque juive

Cela nous aurait suffi
Fête du renouveau de la nature pour les uns, de la résurrection de Jésus pour les autres, Pâques est originellement une fête juive commémorant la sortie d’Égypte. La cérémonie chrétienne correspond à l’origine à la cérémonie juive, puisque Jésus serait ressuscité le jour de Pâques, de la pâque juive par conséquent, en hébreu Pessah. La tradition biblique raconte que les Hébreux étaient esclaves en Égypte et (...)
35 commentaires
Alerter

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

Suivre les commentaires sur cet article
Afficher les commentaires précédents
Le 3 avril 2015 à 20:41 par La Voix du Nord
#1156211

@magnaveritas : j’ose espérer discerner une boutade dans votre derniere phrase , ou alors ? ...

Le 3 avril 2015 à 21:14 par albator
#1156242

Pour ceux qui aiment ce genre de musique, il y a aussi ce magnifique "Dominus vobiscum" (Dieu soit avec vous) de Urmas Sisask, un compositeur esthonien catholique. Le texte est en latin, et les images de la vidéo montrant des églises orhodoxes sont en fait incorrectes. https://www.youtube.com/watch?v=bLH...

Et bien sûr le magnifique "Agnus Dei" du compositeur américain Samuel Barber. https://www.youtube.com/watch?v=TFJ...

Le 4 avril 2015 à 12:30 par Scrachy
#1156620

L’Agnus Dei de Barber est tout simplement magnifique. Comment a t on pu se détourner de chefs d’oeuvre comme ceux ci ?

Le 3 avril 2015 à 21:38 par @Zéklon B.
#1156259

@Zéklon B.

Dans les magasins, la fête de Pâques, c’est devenu la fête des oeufs... Pendant ce temps là, le christ meure en croix pour eux ...

Le 3 avril 2015 à 22:38 par Onze
#1156306

Merci pour ce partage qui ma mis les larmes au yeux..

Le 4 avril 2015 à 00:04 par ilan
#1156373

quand les autres médias nous saoule avec les chocolats de Pâques, il faut aller sur le site d’Alain Soral, pour se rappeler que nous sommes dans la semaine sainte............. Quelle tristesse ! miserere !

Le 4 avril 2015 à 14:57 par whynot
#1156702

Les "voies" qui nous mènent au Seigneur nous sont presque impénétrables. E&R en est une belle preuve & épreuve pour certains.

Bonnes Pâques à toutes & tous

Le 4 avril 2015 à 01:03 par Sounor
#1156393

Merci ER de partager notre culture malheureusement trop méconnue et délaissée. Et merci à ceux qui sont ouvert aux belles créations humaines.

Le 4 avril 2015 à 11:38 par Michel
#1156580

Merci ! Merci de faire partager notre culture et notre religion ! Que le Seigneur vous bénisse. Bonnes fêtes de Pâques.

Le 4 avril 2015 à 12:01 par damien
#1156599

Merci pour ce partage.

Je voulais aussi partager un chant orthodoxe :

https://www.youtube.com/watch?v=ZbCex_tTSnM&index=8&list=PLC4EE428B79058739

1. Parce que les chrétiens d’orient sont frères avec les chrétiens latins 2. En mémoire (ignorée dans nos médias) des chrétiens massacrés avec d’autres minorités par les terroristes 3. Car les chants orthodoxes sont complémentaires des chants latins

Le 15 avril 2015 à 22:57 par ch
#1163797

A l’usage de ceux qui passeraient sur cette page.

Les paroles en sous-titre en latin : https://www.youtube.com/watch?v=3s4...

Une version très différente et plus "baroque", selon les goûts : https://www.youtube.com/watch?v=IKa...

Le 3 mai 2015 à 13:49 par david
#1175997

Pour rappel, cela été interprété en cathédrale pour réparation suite aux sacrilèges dans l’affaire de La Barre. Voltaire évidement défendait cette injuste condamnation face à l’obscurantisme religieux.

cf une conf de M Sigaut