Voilà ce qu’écrivait Proudhon aux "Éloïse" de son temps, Juliette La Messine et Jenny d’Héricourt , en réponse à leurs écrits respectifs, Idées anti-proudhoniennes et La Femme affranchie dans lesquels elles remettaient en question, entre autres, l’institution du mariage, bref, des "fem’haine" de l’époque :
Notre décomposition sociale marche à vue d’oeil ; plus j’en étudie les symptômes, plus je découvre que les libertés publiques ont pour base et pour sauvegarde les moeurs domestiques ; que les mêmes maximes par lesquelles on détruit les droits des peuples sont celles par lesquelles vous et vos coryphées vous renversez l’ordre des familles ; que toute tyrannie, en un mot, se résout en prostitution, et que la prostitution, étudiée dans son principe, est précisément ce que vous, mesdames, appelez, avec le Père Enfantin (n.b. Barthélemy Prosper Enfantin) et ses acolytes, affranchissement de la femme ou amour libre.
Est-ce ma faute, à présent, si vous figurez, comme dames patronnesses, au premier rang de cette pornocratie qui depuis trente ans a fait reculer en France la pudeur publique, et qui, à force d’équivoques et à l’aide de la corruption la plus subtile, s’est constituée partout des avocats, des philosophes, des poètes et des dévots ?
Vous attaquez tout ce que j’aime et révère, la seule de nos anciennes institutions pour laquelle j’ai conservé du respect, parce que j’y vois une incarnation de la justice. Acceptez donc les conséquences de votre rôle ; subissez, sans tant de criailleries, les qualifications que vous inflige votre théorie ;
Pierre-Joseph Proudhon
La Pornocratie ou Les Femmes dans les temps modernes, 1875, L’Herne, 2009